SCReaMiNG BLue MeSSiaHS – “SWeeT WaTeR PooLS” + “JeSuS CHRySLeR DriVeS A DoDGe” –

Screaming Blue Messiahs

On leur doit beaucoup. Simplement, parce que, tels la Force, ils ont créé un nouvel espoir dans le rock anglais alors que dix ans avant leur apogée, le punk-rock venait de s’emplafonner là où il avait commencé : dans une impasse.
Leur musique est souvent décrite comme le “rhythm’n’blues wall of sound” quand ce n’est pas le “rockabilly from hell”. Donc, tout leur permettait de s’engouffrer fissa dans le créneau “Pub Rock”, cette tendance qui annonçait – nous dit-on – le punk-rock. Ah bon ! (*).

La guitare torsade des riffs vrillés qui pétent un câble ou les plombs, c’est selon. La basse est majestueuse et virtuose, tout autant que la batterie, forgeant un ensemble rythmique pas qu’un peu énergisé et coriace, limite hyper-musculé.
Et jamais depuis Wilko Johnson, la flamme de Mick Green n’avait été portée aussi haut.
Ils ont empilé quatre albums tous indispensables pour un rocker de base normalement constitué. C’est-à-dire celui qui ne s’emberlificote pas dans les salmigondis affligeants intrinsèques à tous les trucmuches techno, râpeux et autres offenses qui sont autant d’affronts au bon goût. Eux, ils sont parmi les rares à avoir forcé l’admiration de Bowie qui en mit des couches un max pour faire parler d’eux. D’ailleurs, joignant le geste à la parole, il les a embarqués sur deux dates en première partie de la tournée anglaise “Glass Spider”.

Eux, ce sont les Screaming Blue Messiahs, objet de cette vidéo, qui est tout à fait dans le moud de cette rubrique puisqu’elle est issue d’un vrai show télé. Mais alors là, un vrai de vrai, entièrement consacré à eux tout seuls pour de vrai.
En clair (!) c’était un concert live avec un décor pas piqué des vers correspondant à ce qui était l’un de leurs morceaux phare au moment du tournage : “Jesus Chrysler Drives A Dodge”, titre qui en dit long sur l’humour de ces jeunes gens.
Les S.B.M. n’étaient pas un combo de poche, image instantanée dès que l’on parle de power trio. Ici le néologisme british prend tout son sens. C’était un little big-bang dévissé, bien barré, mais dans le bon sens. Ils jouaient fort, ils jouaient vite, ils jouaient bien.
D’ailleurs question “power” (**) le matos du trio ne s’en laissait pas conter.
Rien que le matériel de scène c’ était déjà du lourd.
– Bill Carter (qui a tâté de la Rickenbaker dans sa vie pré S.B.M., mais c’est une autre histoire) jouait sur une Telecaster, comme Mick Green et Wilko Johnson. La plupart du temps avec un double en micro manche et un simple vers le chevalet, là aussi comme les deux susnommés précédemment à la ligne qui précède celle-ci.
Sur scène, il se pluggait sur deux Mesa Boogie, maison yankee pas vraiment connue pour faire dans l’amplification pour bébés Schtroumpfs. Une wah et un DDL (Digital Delay) Ibanez sous le pied et roule petit bonhomme.
– Chris Thompson avait un Gallien-Krueger (Krueger comme Freddy) 8000 muni de HP JBL pour sa basse Fender Precision de 62.
– Kenny Harris se calmait les nerfs sur un set de fûts Pearl MX, des cymbales Zildjan, une pédale de grosse caisse Premier et des baguettes Vic Furth American Classic Rock.

Mais avoir tout ce matos ne suffit pas si l’on n’est pas “un bon” comme dit mon pote le chevrier ardéchois. Car, vous le savez, j’ai un pote chevrier en Ardèche. Ça arrive. Même à moi. Or, justement, les trois Screaming Blue Messiahs étaient des bons.
Tiens, juste pour dire et parce que ce blog est un peu (?) orienté six cordes focalisons sur le guitariste-chanteur : excepté pour le chorus, la pogne gauche de Bill Carter, elle quitte pas la septième (je crois) frette d’un poil de la dite-paluche. Elle est quasi collée au manche.
Tout est cousu et ficelé en hammer-on, pull on/pull off et autres bends (pas trop pour ces derniers) qui enveloppent les notes, la mélodie et tout le bataclan avec. C’est tellement joué aux éconocroques de mouvements, que ça frise le génie tellement c’est riche, tellement ça sonne inédit. A ce niveau, même  n’avait pas osé et pourtant … J’voudrais pas dire, mais c’est pas pour rien que Bill Carter est ici.
Les deux autres clampins, c’est pareil. Pas un geste de trop. Bon d’accord, certes, on m’objecte, là-bas dans le fond, que Kenny Harris (encore un batteur essentiel qui prouve si besoin en était que la batterie, plus que n’importe quel autre instrument est totalement indispensable, le reste bof…), il n’a pas l’air de faire la sieste… Je réponds que c’est vrai…mais c’est juste parce que c’est vous…
 

     

Et donc, Carter de créer des gimmicks-perforateur totalement barrés limite névrose, sans se démettre une épaule ou se démantibuler une phalange du côté gauche. Balèze.
Par contre pour ce qui est du reste du corps et de la main droite, c’est pas le même refrain. Le pouce pour le bourdon, le reste pour caresser (je sais pas si caresser est le bon mot) les autres cordes et la tête qui bat la mesure.
C’est qu’on a souvent vu Bill Carter changer plusieurs fois de guitare dans le même concert puisqu’il lui arrivait de casser les cordes d’un tirant ma foi assez maousse costaud de sa Telecaster principale (du 56, 48, 28, 16, 13 et 12 !). Tout comme on a fréquemment vu ce personnage un tantinet frapadingue, mais d’une gentillesse et d’une accessibilité assez rares (ceux qui étaient au Rex Club en parlent encore) se faire saigner les pulpes en concert. Ce qui ne l’a jamais arrêté et empêché de caresser le manche le lendemain matin. On est comme on est.
Bon, sans ça, le groupe a tout de même réussi à fourguer un hit dans les Top 10 du Royaume-Uni avec une chanson drolatique à souhait : “I Wanna Be A Flintstone”.
Le titre s’est même retrouvé dans la B.O. du film – assez grave – “The Flintstone” avec John Goodman, sorti sur les écrans en 1994. Dans la dite bande, il y avait aussi les Bifititouzes (les B-52’s).
Inutile de préciser que le morceau – et le film avec – est totalement inspiré par l’éponyme série télé-dessin-animé signé Hanna-Barbera et habilement rebaptisé les “Pierrafeu” par les responsables de la programmation télévisuelle française. Ce qui leur évitait la traduction littérale : les “Silex”, voire les “Cailloux”.
Les Screaming Blue Messiahs le jouèrent ce soir-là live en studio avec “Jesus Chrysler Drives A Dodge” and “All Shook Down” clin d’œil irrévérencieux, mais ô combien respectable, à “All Shook Up”.

Donc, “Sweet Water Pools”, et, fait très exceptionnel un deuxième titre dans cette rubrique : “Jesus Chrysler Drives A Dodge”. Ce dernier juste pour que l’on puisse se rendre compte de l’extraordinaire travail de Kenny Harris. D’ailleurs on se prend à rêver à l’impossible : qu’aurait été l’Experience avec un batteur pareil ?
Attention, ces deux vidéos ioutubuesques, elles dépotent un max. Donc, les gamelles à donf !
Ah, pour un peu j’oubliais… le show a été enregistré le 11 janvier 1988 dans les studios LWT pour Channel 4 et l’émission “Night Network”.
Ça y’est j’ai fini. Vous pouvez reprendre une activité normale …
Ouèche !

Professor BeB HôPô

PS : D’habitude les notes de cette chronique régulièrement irrégulière sont courtes. Là non !

PS 2 (!) : Vous retrouverez une partie des informations reprises ici et bien d’autres en cliquant ICI.

(*) Là, je vais prendre un risque risqué qui risque (normal!) de me coûter assez cher. C’est dire si c’est pas gagné. Car le commandement selon lequel le pub-rock ait annoncé le punk-rock m’a toujours hérissé les bigoudis grave velu. C’est, à mon très humble avis, l’affirmation rock’n’rollienne la plus sujette à caution, voire la plus tendancieuse et révisionniste qui existe. Car dès lors on oublierait un peu trop vite que le seul punk rock band à n’être jamais sorti des cuisses (ou autres choses) du pub rock c’était les Clash ! Les autres, je demande à voir.
Et encore, les Clash, tout simplement parce que Joe Strummer émergeait des 101ers, qui, eux, étaient vraiment un groupe de pub rock 100% pur jus malté au houblon d’Écosse.
Par ailleurs, ce n’est pas parce que les keupons ont joué dans le circuit pub rock qu’ils peuvent en revendiquer l’appellation. Si l’on regarde d’un peu plus près il y a quand même une sacrée marge entre Eddie & the Hot Rods ou Duks Deluxe (par exemple) et les Sex Pistols ou Pete And The Test Tube Babies qui chantaient “Banned From The Pubs”, bannis des pubs certes, mais pour des raisons autres que musicales.
Mais c’est moi qui le dis et faut pas le répéter à tout le monde.

(**) power = puissance, volume en anglais. J’vous jure !

6 Commentaires

  1. Bill Carter est un phénomène à lui tout seul , dernièrement j’ai trouvé le 45t “Bikini red” à 1 euro et j’étais super content car ce morceau me rappelle de sacrés moments de ma vie tumultueuse …merci à toi !

  2. Bebopo,

    j’ai pu apprécier ta note sur les “messies bleus criant” (drôle de nom effectivement, mais à y réfléchir pas plus que “le culte de l’huître bleue”). MERCI!

    Après quelques recherches sur le net, voici mon triste constat:
    Deezer , connaissent pas
    iTunes , connaissent pas non plus.

    Sheena y a donc été de son commentaire musclé pour préciser qu’il devraient te lire un peu plus souvent pour se tenir à la page.
    Et Sheena qui ne chaume pas a trouvé les CD sur un site de vente internet pour 6 balles.

    • Chère Sheena,

      Merci pour ce spontane soutien dans ma lutte acharnée contre l’obscurantisme.

      Tiens, dans le genre bleu, en dehors de tout ce qui est jazz et blues, lesquels sont fortement emberlificotés dans une sombre histoire passionnelle avec la “Note Bleue”, on connait outre le B.O.C. et les S.B.M., les Blue Maggoos originaires du Bronx Niouillorquais.
      Oui, ces chers et obscurs Blue Maggoos, ceux-la même qui chantaient ” We Ain’t Got Nothin’ Yet”, dont le riff inspira vertement le “Black Knight” de Deep Purple.
      Allez, une note … bleue pour finir cette réponse : en dérivant on arrive sur le fantastique “Blue Eyes Crying In The Rain”, cher à Gene Vincent, cher à Bashung et cher à une kyrielle d’autres bons apôtres dont Willie Nelson. “Blue Eyes Crying In The Rain”, qui est effectivement une chanson sublime belle à … pleurer.

      Prof.

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