eT GiNGeR BaKeR S’eN FuT (R.I.P)

Ginger Baker

19 août 1939 – 6 octobre 2019

Ginger Baker est mort il y a deux semaines. Le jazz, les rythmes africains, l’héroïne et la clope étaient son carré d’as. En joker, ajoutons le polo qui l’amènera à chuchoter à l’oreille des chevaux, chevaux qui lui coûteront des fortunes. On lui doit aussi, outre la popularisation de la double grosse caisse – pas l’invention, nan, la popularisation – et l’implantation dans le rock du solo de drums. Car il faut bien dire que les batteurs  y allèrent tous allègrement dans les années 70 dès qu’ils virent le rouquin taper sur ses fûts comme un africain sur ses percussions. Le solo de batterie. Ce moment craignos tant redouté par le public dans les concerts. Mais pas forcément par les autres membres du groupe. Led Zeppelin par exemple qui, de temps à autres, profitait des vingt interminables minutes du solo de Bonham pour se planquer derrière les amplis et se faire faire des petites gâteries par des groupies.

Ginger Baker est aussi le créateur de Cream, ce groupe fabuleux qui incendia Londres dès 1966. Dans la tête de Baker, il n’y avait qu’un seul guitariste possible : Eric Clapton qui venait de quitter John Mayall et lui conseille de prendre Jack Bruce comme bassiste. Baker obtempère très difficilement. Car Bruce et lui s’étaient connus chez Graham Bond, un autre héroïnomane notoire. Pourtant, même si Baker avait Bruce en horreur, il savait que c’était un musicien surdoué. Donc il l’invite à se joindre au projet. A eux trois, ils changèrent la face du rock en démultipliant les niveaux sonores à un point effrayant, en improvisant sur scène comme jamais un groupe ne l’avait fait auparavant. On parlera même de power trio et de heavy rock. Pour preuve, il n’est que d’écouter la transcendantale version de Spoonfull sur Wheels of Fire. Cohésion et cohérence. Anthologique.
Mais l’inimitié entre le bassiste et le batteur aura raison du groupe qui vivra à peine deux ans. Et c’était pourtant une sacrée machine à engranger les dollars.

Or il s’avère que Clapton et Baker ont, outre Cream, un point commun. Au début des années 60, disons 63, Clapton jouait souvent de la gratte avec un certain Dave Brock, futur tenancier d’Hawkwind. Ils s’escrimaient surtout avec des titres de Big Billy Bronzy, l’homme qui remplace Robert Johnson au From Spiritual to Swing de John Hammond Sr.
Brock, avec un admirable sens des réalités fait de briques et de brocs, ira même jusqu’à dire qu’il était meilleur à la guinde que God à ce moment là. La suite lui prouvera que Dieu est Dieu et que le reste, ben c’est le reste. Mais, autre détail intéressant, dès que Hawkwind perd sa plus fabuleuse section rythmique, Lemmy – basse – viré, suivi quelque temps plus tard par Simon King – drums – ce dernier laisse sa place à Ginger Baker que Brock finira par foutre dehors après l’enregistrement de Levitiation. On n’ose imaginer le boxon dans le groupe si Lemmy et Baker, tout deux étant pour le moins assez imprévisibles, – Lemmy beaucoup moins que Baker – avaient séjourné ensemble. Quoiqu’il en soit, Clapton viendra jouer sur Road To Utopia, le 31me album des Faucons (titre du morceau : The Watcher).

Tout ça, ce n’est pas dans le docu, qui pourtant m’en a appris des belles sur l’irascible et imprédictible rouquin.

Le mot de la fin, c’est à Dave Brock qu’il revient. Lucide (ça lui arrive ;-) il dira de Ginger Baker : “Ce que Ginger faisait d’une main, les autres batteurs ne pouvaient pas le faire avec les deux. Par-dessus le marché, il avait un humour pas possible”. (*)

Ouèche !

Professor BeeB HôPô

(*) In The Saga Of Hawkwind, Carol Clerk, Omnibus Press.

Le site officiel de Ginger Baker

7 Commentaires

  1. Un document très instructif sur l’avant et l’après de Cream et sympa l’évocation de Big Bill Broonzy dont j’apprécie le jeu d’avant-guerre à l’électrique

  2. ÉNORME documentaire , ils pouvaient pas tout mettre vu l’incroyable vie de ce fou furieux, ou alors faire un truc de trois heures ;)

  3. Après Jack Bruce, c’est au tour de ce batteur fabuleux de nous quitter.Merci pour ton superbe article Prof. Si tu peux recueillir les impressions et souvenirs de Clapton à son sujet et nous en faire part, alors là ….. !!

    • Merci Anne-Marie,
      T’as vu, j’ai tenu mes promesses : dire des choses que le docu n’a pas mentionnées. Mais il y en a des tonnes, vu le côté éminemment complexe du personnage.
      Ouèche !

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