MC5 : “KiCK ouT THe JaMS” (40ème anniversaire !)

MC5 Kick Out The Jams

La voici, la vidéo qui tue, l’indispensable, celle qui balaie tout, la tornade, le tsunami rock’n’rollien, bref celle que l’on se doit de regarder chaque jour au lever et au coucher. Elle est là ! C’est un document historique (j’ai dit  “historique”). Il s’agit peut-être bien du plus grand concert de rock (j’ai dit de “rock”) de tous les temps (j’ai dit  “de tous les temps”).
Un ahurissant killer frénétique d’un groupe qui ne donne pas seulement un concert, mais qui s’immole. Sûrement le concert le plus violent, le plus radical, le plus radicalisé. Réponse industrielle à la ville certainement la plus industrielle. Detroit, aka Motor City, M.C…. MC5. Qui balaie tout sur son passage. Cinglant. Brutal. Fulgurant. Et qui reprend de manière grandiose  le “Motor City Is Burning” de John Lee Hooker, le transcende et… se l’accrédite.
Mais “Kick Out The Jams”, quarante ans après sa sortie,  est, pour l’éternité, un des dix plus grands disques de rock jamais sortis. N’y revenez pas.

Donc le MC5. Et “Kick Out The Jams”. Avec son célèbre “Motherfuckers” châtré en “Brothers and Sisters” par Elektra dès que le puritanisme pousse ses cris d’orfraie. Parenthèse : il est curieux de voir que les collectionneurs (pouah) se sont arrachés à prix d’or les premières copies de l’album, celles où Rob Tyner exhorte la salle avec son “Kick Out The Jams Motherfuckers”. Et que bientôt la cote des copies “Kick Out The Jams, Brothers n’ Sisters” risque de s’envoler. Pas sûr que c’était la chose voulue par le 5. Broutille numéro 1 : sur les copies “Brothers” on n’entend pas le coup de ciseau sur la bande magnétique. En revanche on le perçoit très bien sur les rééditions  “Mothers”. J’ai monté pas mal de bandes magnétiques par le passé, alors vous pensez bien que… Toujours est-il que la sauce tourna vite au vinaigre entre le groupe et les disquaires de la ville tant et si bien que le MC5 fut viré d’Elektra Records …. qui avait laissé passer le “Mother I Want to fuck you des Doors” sans trop moufter.
Au passage, et tant qu’on y est, une question : pourquoi est-ce une Gibson SG (losange éclaté s’il vous plait) que Wayne Kramer tient sur la pochette, alors qu’il est censé jouer (cf : le revers de pochette) sur une Fender Stratocaster ? Une guitare qu’il avait possédée, customisée avec deux humbuckers Gibson et repeinte aux couleurs de la bannière étoilée. On la voit très bien sur la vidéo. Broutille numéro 2 : la basse sur laquelle Michael Thompson  joue tout au long de 68, est une “Firebird” Gibson. Mais pas n’importe laquelle : celle de Ron Asheton quand les Stooges décident qu’il passe lead-guitar. Ce qui prouve par A + B que les deux groupes se connaissent bien. Une preuve supplémentaire ? A peine Wayne Kramer commence à recruter pour monter le MC5 qu’il fait du pied à Iggy alors batteur des Prime Movers. Iggy décline l’offre.

MC5 Kick Out The JamsKick Out The Jams est enregistré le 30 et le 31 octobre 1968 à Detroit au Grand Ballroom ! Le quintet y avait presque ses quartiers. Il est à ce moment le groupe phare de la ville. Le  seul à pouvoir remplir la salle d’une capacité de 1000 personnes. Il s’est fait les dents en première partie des plus grands. Il s’est fait piqué son matos lors des émeutes de 67. Il est aussi bien connu des flics qui font des descentes à outrance au point que le groupe quitte Detroit et s’installe à Ann Arbor, fief des Stooges. Et grâce au contrat signé le 22 septembre 1968 avec Elektra pour lequel il enregistre « live » son premier L.P., il peut enfin rembourser ses dettes et courir en ville chercher les derniers amplis que tout le monde s’arrache : les Marshall en stack et en bouclier sonore. Il est aussi en plein doute, le manque de succès en est la cause. Les amplis crashés pour le fun sonique et les guitares éclatées pour la galerie ne changent pas grand-chose à l’affaire. Alors, on va voir ce qu’on va voir et on va leur montrer aux kids ce qu’est un rock’n’roll combo.

Le MC5. Furieux. Sale. Provocateur. Arrogant. Splendide ! Bien plus méchant que les Stones, l’Expérience, Vanilla Fudge, les Pretty Things, les Who, les Yardbirds, les Troggs (le “Wild Thing” et le “I Want You” de ces dernier planent allègrement au dessus de “I Want You Right Now”) et les Stooges réunis. All motherfuckers. Le MC5 qui ne figure pas sur l’affiche de Woodstock. Classieux. Qui prouve ainsi qu’il était hors normes. Pas étonnant non plus, vu  la rafale sonore incandescente que représente Kick Out The Jams.
Mais quels musiciens, quels militants ! Les plus sauvages d’entre tous. Qui savaient DÉJÀ jouer free”, dans l’esprit de Sun Ra et de Coltrane depuis des lustres. On cherche encore le groupe capable d’une telle performance sonique. Rappel : c’était en 68 !

Bon, certes la vidéo est de très mauvaise qualité. Grave dégueu, comme i’ disent les d’jeunes. Nous, on dirait “pas terrible” on irait même jusqu’à “pourave” ! Mais, encore une fois, la qualité, on s’en fout. C’est pas du DVD ou de la HD. Nan ! C’est du vrai et du lourd. Car jamais le rock ne fut aussi extrême et aussi radical. A preuve : le drapeau américain sur les amplis. Et le groupe qui, pour ses photos de presse, posait cartouchières en bandoulière, la kalachnikov dans les mains. Et John “White Panthers” Sinclair qui manage ses lions… Les connaisseurs noteront certes plusieurs détails qui chafouinent. Mais ces broutilles ne sont rien par rapport à la déferlante sonore et sonique ainsi qu’au climat qui l’entoure.

Document ultime, ultime document. Où l’on sait que désormais plus rien ne sera plus jamais comme avant et que l’après ne sera jamais à la hauteur. D’ailleurs, premier concerné, le groupe paiera le prix fort. Regardez-la,  mettez le cédé dans le mange-disque, puis fermez les yeux. Vous verrez que :
– Jamais le rock n’a été plus authentique.
– Jamais le rock n’a été aussi crédible.
– Jamais le rock ne fut aussi …. rock.
Cette vidéo ? Le MC5 ? Juste un “Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations”, comme disait Raoul V..
J’ai dit “un traité de savoir-vivre”.
Bon, c’est pas tout ça. Right now, aw right now, it’s time to….
Ouèche !

Professor BeeB HôPô

PS 1) Est-il besoin de rappeler que les Psychedelic Stooges furent “découverts” lors de ces deux concerts du MC5 (30 et 31 octobre 1968, ceux qui servirent pour “KOTJ”) ? Ils assuraient la première partie. Et Danny Field, détaché par Elektra pour signer et enregistrer Wayne Kramer et son gang, fait donc main basse sur les deux groupes. Danny Field a toujours eu bon goût ! Mais c’est Wayne Kramer qui lui présentera ce groupe qui commençait à faire le buzz dans Motor City et ses suburbs.
PS 2) Rien que le pas de deux et le numéro de duettistes W.K/ F.S.S. est déjà une apothéose rock’n’rollienne.
PS 3) La photo (en haut) du MC5 ne correspond ni à l’album ni à la vidéo. C’est volontaire. C’est à cause des guitares de Wayne Kramer.

PS 4) Un site fortement recommandé à propos du MC5 : http://makemyday.free.fr/mc5.htm

 

Professor
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6 Commentaires

  1. Certainement “the real Punk band” !! Oubliez les dates, les influences, les prédécesseurs and Kick Out The jams!!! Trop con de s’être “deeply” lancer dans la politique ensuite mais qui pouvait résister. Oui je confesse je n’ai pas pu non plus car la musique est aussi le reflet de la Société et la meilleure expression artistique, politique et sociale pour toucher sa génération. Et quand on est visionnaire et extraordinaire comme le MC5 cela devient Mondial.
    Et c’est le “promoteur” des Stooges et le Punk du départ (et de toujours) qui vous le dit !!!

  2. Super Article ;))
    je pense que la Gibson que joue Wayne Kramer sur le verso de la pochette serait plutôt une Gibson SG ??
    sinon il jouait aussi sur une EPIPHONE WILSHIRE dans certains morceaux.
    enfin n’empêche que sa strat est célèbre et que Fender en as même fabriqué une serie signature.

    • Tout à fait ! J’aurais beau argumenté que la S.G. avait été vendue comme une Les Paul lors de son lancement en 1961 et qu’elle a été l’une des raison du départ de Les Paul de chez Gibson, ben la confusion, maintenant rectifiée, est bien là.
      Pour autant, rien n’explique, le mélange Gibson/Fender de la pochette d’un disque qui est l’un des cinq meilleurs albums de rock. Forever !
      Quant à Wayne Kramer et les guitares il a joué sur à peu près tout ce qui existe en solid-body. Néanmoins, la Fender “Wayne Kramer” est fabriquée au Mexique, comme beaucoup de “signature” …….
      Merci en tout cas.
      Prof.

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