eXPo KiCK ouT THe JaMS, MoTHeR FuCKeRS – PuNK RoCK 1969-1978

Expo Kick Out The Jams

Encore une expo rock à Paris ! On va se plaindre !!!! Sujet de celle-ci : la première vague punk. Celle dont les prolégomènes se situent vers la fin 68 et le début 69. Et qui s’achève en 1978 avec la mort par overdose de Sid Vicious le 12 février 1978 à Niouyork, terme de sa chute effrénée.
Le Professor vous raconte sa perception de ce mouvement hors normes.  En prime, des photos souvent inédites, de Ari Up, Johnny Thunders et de son disciple Henri Paul. Tous shootés  par Cora Scoros qui figure au générique de “Kick Out The Jams Motherfuckers” et qui expose quelque clichés pris sur l’instant et dans le feu de l’action. Qu’elle soit ici remerciée.

L’expo Bob Dylan s’arrête à l’année 66 tandis que l’expo “Kick Out The Jams Motherfuckers” poursuit la marche en couvrant une période clé du rock 69-78 car il est bien connu que c’est en 1977 que le punk-rock (et avec lui la punk-culture) explose à la face du monde. Cette déflagration singulière ne s’est pas cependant pas produite telle une génération spontanée. Elle trouve ses origines et ses influences dans le rock de 1968, spécialement celui de Detroit.  Comme les rockers ont l’incorrigible manie de tout étiqueter, ce qui était source d’influence majeure des keupons devient le “proto-punk”, puisqu’il est évident qu’avant les iroquoises vertes et jaunes, les perfectos noirs, les futes écossais et les Doc à coque, le monde n’existait pas. Désormais le mouvement n’était plus underground mais pierre angulaire d’une certaine contre-culture tant revendiquée en ces temps de fondamentalisme post-soixante-huitard. Pour info : le libellé de l’expo reprend le titre du premier album du MC5, “Kick Out The Jams” enregistré live à Detroit au Grand Ballroom, fin octobre 1968. Cet album est certainement, de part la violence sonore qui en est l’essence et par le message révolutionnaire (donc totalement de son temps) qu’il porte, l’un des dix plus grands albums de rock tous les temps.
La perspective punk de 1977 / 1978 est une expression artistique radicale qui s’engouffre dans la plupart des secteurs esthétiques : musique, peinture, littérature, journalisme, graphisme, stylisme, cinéma et photographie. Mais plus encore : alors que le mot parité était inconnu dans le vocabulaire usuel de l’époque, on ne compte plus les groupes féminins ou mixtes.
C’est aussi l’un des traits caractéristiques d’un courant où, voyez-vous, nous les Froggies jouerons un rôle clé. Demandez aux punks anglais et américains : vous les entendrez souvent citer Marc Zermati et Metal Urbain.
N’empêche, dix ans auparavant les Hippies avaient cru colorer l’univers, blame it on pot.
Les punks, eux, risquent la carte noir et blanc, blame it on dope.
Ils la joueront à fond.

Encore fallait-il être là, mais surtout avoir des idées vraiment (?) nouvelles. En cela l’époque est marquée par les premiers grands copiés-collés musicaux systématisés de l’histoire musicale. Un groupe fait un truc qui marche, alors on refait les mêmes trois accords. Exemple parmi tant d’autres : dans le sillage des Ramones, groupe séminal s’il en est (*), tout le monde prendra qui une guitare, qui un micro, qui une basse ou une batterie, voire des synthés. Pour, au bout du compte, dérouler le même tempo et la même construction. Mais sans l’humour des faux frères. Écoutez les premiers albums de Clash : la ressemblance est frappante. On ne sait pas jouer, ben on apprend sur le tas. L’approximation est vraiment approximative, mais revendiquée et affirmée : elle est la règle – car oui, il y en a une ! – en ces neuf années charnières du rock. Surtout la neuvième qui sera éminemment joyeuse, mais complètement destructive et ravagée.
Bien jouer, on s’en fout. Ce qu’on veut c’est jouer. En gros : si tu sais jouer t’es pas punk, si tu sais pas jouer t’as de grandes chances de le devenir. Dès lors, ce qui est transmission orale et visuelle de l’idiome, expression de la misère et donc misère de l’expression (exemple : le blues) personne n’y pense. Symptomatique de voir que celui-ci n’est jamais cité aux nombres des influences punk, même si paradoxalement bon nombre de groupes revendiqués comme prépondérances déterminantes ont construit leur rock sur une structure harmonique blues (I, IV, V). C’est qu’il ne s’agit plus de transmettre, il s’agit de démettre. Punk-rupture.

A donc les Stooges, lucides, avaient chanté dès 1969 le manifeste “No Fun”. Bien sûr, les punks anglais, un tantinet plus marrants, parce que plus chatouilleux et teigneux,  que leurs homologues américains d’alors, en font leur credo et l’affichent au dos de leurs cuirs. Mais quelque temps plus tard le tag  “No Fun” disparaît. Les iroquois grands-bretons lui préfèrent “No Future”, qui pourrait bien être la réponse polie des Sex Pistols aux proto-punks de Detroit. Car, au bout du compte, “No Future” est rien moins que la traduction politique de “No Fun”. Quand le MC5, dont la violence politique mettra le feu aux idéaux plan-plans des babas entrain de couler leurs derniers jours tranquilles, pilonne en 68 et sur six minutes un blues en fusion de John Lee Hooker “Motor City Is Burning ” (**), Clash renvoie le boomerang neuf ans plus tard avec “London Burning”, deux minutes, hymne parmi les hymnes. Vu que les Américains (à New York le Velvet Underground, les New York Dolls, les Ramones, Richard Hell, Patti Smith, Television, Johnny Thunders; à Detroit le MC5 et les Stooges; à San Francisco les Flamin’ Groovies) avaient esthétisé le spleen, les anglais davantage déterminés, lui infusent sa radicalité politique.

Les Sex Pistols, les Damned, 999, les Maniacs et tutti quanti célèbrent l’instant présent. Festif  et jouissif ! Clash porte le manifeste théorique du projet. C’est moins jouissif mais tout aussi festif. Et réciproquement. Ce n’est pas pour rien que Joe Strummer avait milité chez les trotskistes grands bretons. Ce n’est pas un hasard non plus si les groupes punks d’alors alignent les mastodontes dans leur ligne de mire et leur tirent dessus à boulets ramés. Qu’il soit précisé au passage qu’on ne peut leur donner tout à fait tort pour les Stones, Yes, Jethro Tull, Clapton et consort. Pour autant, en ces temps d’anathème pur et dur, même à Paris il faudra presque se cacher pour écouter les Cream ou Hendrix … Malheur à celui prit sur le vif à écouter un morceau de plus de quatre minutes, il était excommunié à jamais et condamné à jamais aux mièvreries infernales du paradis….. Comme j’vous l’dis….
A ce jeu de tir à vue et de chamboule-tout par médias interposés, Led Zeppelin s’en prendra plein les ratiches. Bien plus que tous les autres réunis. Car Page et ses hommes sont surexposés du fait de la démarche du groupe : une machine toujours au top pour faire rentrer les dollars dans les attachés-cases, via des concerts marathons hallucinants de maîtrises instrumentales et musicales. De l’ensemble des diplodocus du rock d’alors, ce sont les seuls dont toute la discographie a passé la sournoise et perfide, impitoyable et inéluctable, épreuve du temps.
Pour ce qui me concerne c’est le mardi 16 août 1977, journée moite et chaude, lorsque la radio annonce la mort d’Elvis Presley, King auquel je n’étais assujetti en aucune manière puisque je l’ignorais superbement dans ma punkitude à moi, que j’ai commencé à ne plus croire à l’hypothèse punk alors que j’y avais adhéré et, dans une certaine mesure, aussi contribué à son essor. Je cherche toujours pourquoi ! J’ai regardé la chose encore un peu de très loin, du coin de l’œil pour laisser tomber en mars 1978 à la sortie du simple ultime : le magnifique  “Don’t Split It” b/w “Nobody’s Scared” de Subway Sect.

Revenons à nos teigneux et irascibles keupons. Quelques rares mammouths trouvent grâce à leurs yeux. Si ! Il y en a ! Tel Bowie qui ne dérouille pas trop, d’autant que les Pistols ont eu, à leurs débuts, l’incorrigible manie de se fournir allegro incognito en matos dans ses camions. Les Who sont quasi sanctifiés. Avoir écrit “Hope I die before I get old “ les exempte du pilori. Enfin, les punks écartent les Faces (!) de leur vindicte, car dans un premier temps Rod Steward et ses footballeurs inspirent le look vestimentaire, y compris les tignasses peinturlurées, des Pistols et donc d’une foultitude de joyeux lurons.

La première charge punk finira par s’emplafonner toute seule avec la mort de Sid Vicious, punk tendance incarnation suicidaire et glauque. “Don’t know what I wand but I know how to get it”! Mais elle n’oublie pas de s’assurer une descendance, nombreuse, laquelle fera également des petits. Du coup, la première vague punk est devenue grand’mère, négation même du “No Future”. Iz’nit ?
D’ailleurs le punk est, avec le rockabilly, l’un des rares courants du rock toujours en activité.
Car les post-punks l’ont décidé ainsi : “Punk Not Dead”. On n’est pas à une contradiction près. Ben alors !!!!
Ouèche !!!

Professor BeeB HôPô

(*)  NDA : à mon avis les Ramones et les Shadows sont les deux groupes qui feront le plus d’émules. Si les premiers sont reconnus comme tels, il n’en est rien des seconds. De deux choses l’une : soit cela relève d’une ignorance crasse, soit d’un élitisme borné. Considérant que n’importe quel rocker de base à entendu “Apache” au moins une fois dans sa vie, j’opte pour l’élitisme borné de l’intelligentzia et son mépris ostentatoire pour Hank Marvin et les Shadows.

(**) En quittant le Mississippi,  John Lee Hooker aura la lumineuse idée d’éviter Chicago où tout le gotha de Clarksdale a posé ses valises et de s’installer quatre cents kilomètres plus loin,  à Detroit. Distance suffisante pour être tranquille et ne pas être gêner par la concurrence  en matière de gigs et autres house-rents parties.

Expo Kick Out The Jams, Motherfuckers, Punk Rock 1969-1978 : le dossier de presse contenant TOUTES LES INFOS PRATIQUES (horaires  d’ouverture et le calendrier des rendez-vous).

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2 Commentaires

  1. Chouette article Prof’

    Je suis d’accord avec toi, le “punk’s not dead” est bien la pire chose qui pouvait arriver au punk rock originel…
    Merci pour tes articles toujours intéressants !

    Chris D.

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