HeRMaNN SCHWaRTZ, LeS oPeNeRS et MéTaL uRBaiN

Hermann Schwarz

Avant de prendre le nom d’un ustensile banal pour certains et indispensable pour certaines, il était question qu’ils s’appellent “Dérives des Incontinents”, vu leur âge canonique et prostatique ! Comme un nom pareil ça pouvait faire fuir les ménagères de plus de 50 ans – surtout celles de plus de 30 ! – ils ont préféré les “Openers”, traduisez les Décapsuleurs. C’est mieux. Encore que… Les Openers donc. Parce qu’ils préfèrent plutôt ouvrir les canettes de façon proprette qu’à la manière empirique de certains roadies : avec les dents ! Et puis, ça fait plus présentable pour les précitées. Openers des dames, en quelque sorte ….

Avec un nom pareil, ils sont fidèles au septième commandement beefhartien : “Ayez toujours votre décapsuleur sur vous : vous devez avoir votre décapsuleur avec vous et utilisez-le quand on vous le demande. C’est votre part du deal. Comme One String Sam par exemple. C’était un musicien de rue à Detroit. Il jouait d’un instrument qu’il avait fabriqué lui-même. Sa chanson « I Need A Houndred Dollars », c’est une véritable tarte sortant du fourneau. Un autre porteur de décapsuleur était Hubert Sumlin, le guitariste de Howlin’ Wolf. Il se tient juste là debout comme la Statue de la Liberté, vous donnant envie de regarder sous sa robe pour voir comment il fait.” Géographiquement, leur répertoire va de Canvey Island à Detroit : c’est vaste et ça laisse de la marge. C’est une assimilation qui sent pas forcément le patchouli, mais davantage les effluves du R’n’B et du R’n’R. Car, Ronnie Opener dixit : “Ils ont su se faire une réputation qui dépasse de peu les limites du périph’ grâce à un beat digne des Feelgood et un mur de son ne souffrant d’aucune lamentation”. Un ange passe…

Ainsi, ils se rapprochent donc un poil de Dr. Feelgood, un groupe qui comptait trois as de la canette et du décapsuleur. D’autant plus que Ronnie Opener (chanteur décapsuleur) a des soubresauts épileptiques un peu comme feu Lee Brillaux. Oui, mais avec une voix parfois assez proche de celle d’un autre désagrégé psychotique notoire des synapses, Roger Chapman, chanteur de Family, ce pantin désarticulé habité jusqu’au bout des pieds par la musique de son groupe. Brillaux et Chapman ! Deux chanteurs que ceux qui ont eu la chance de voir n’oublieront pas de sitôt. Chris (guitare décapsuleur) a joué chez Bill Baxter. “Embrasse-moi idiot” (1985), ça rappelle des souvenirs. Dom, (batteur décapsuleur) et François (bassiste décapsuleur), ont joué dans Macadam Cowboys, le groupe, pas le film ! Et jouaient aussi avec Herman Schwarz dans Colt 45 et Wolfgang.

Par conséquent tout ça est plutôt épileptique. Je dirais même plus, pour paraphraser un titre de Métal Urbain, c’est de l’”Hystérie connective”. C’est normal, c’est du rock. Mais, Ronnie Opener dixit, “du rock mené de main de maître par Hermann Schwarz”, lequel officie à la six cordes. Comme ce blog est plutôt orienté guinde, on va poser les étuis et s’arrêter un peu sur ce mec pas qu’un peu déroutant. Car de Métal Urbain, groupe phare et pionnier du punk-rock français aux Openers, groupe graisseux à tendance “rock’n’roll roots”, style MC5 deuxième période, y’a de la route.

Parenthèse donc. Bon déjà, Hermann, c’est un menteur ! Il ne s’appelle pas Hermann Schwarz, mais Jean-Louis Boulanger. Le pseudo, il l’a gagné dès son entrée chez Métal Urbain, groupe punk français. C’est compatible. Dans ces années-là quand on fait partie d’un groupe punk le pseudo tarabiscoté est obligé, obligatoire, sinon on n’est plus dans la ligne et on n’est pas punk et on n’existe plus ! Horrible ! De la même manière que Jean-Louis devient Hermann, son frère Patrick devient Pat ! Nan, pas de lapin, nan, Pat Lüger. Lui aussi, à la guitare revolver. Les deux ont traîné leurs guêtres chez Strike-Up, un congloméra pré Métal Urbain qui voit passer dans ses rangs Jacno et Rikky Darling. Mais Pat laissera tomber le rock, pas Hermann.

On a tendance à l’oublier, parce que par chez nous on a la mémoire courte dès qu’il s’agit de rock autre que celui racoleur de Téléphone, mais Métal Urbain a été un grand groupe. Novateur avec ça et qui plus est, pionnier. Si, pionnier, car grand initiateur et précurseur de toute une mouvance punko-synthétique minimaliste qui utilise les boîtes à rythmes rythmiques et autres synthétiseurs synthétiques vomis à l’époque par n’importe quel prétendant postulant au grade de rocker. Tiens, pour le coup, ça me rappelle Thomas Darnal venu chez moi un soir me faire écouter les maquettes du premier et unique album de G.P.S. Un p-tit chouille angoissé, il me demande : “Les synthés dans le fond des morceaux, t’en penses quoi ? A ton avis ça gêne ? “. On n’en était qu’à la deuxième bière et pourtant il a failli tomber à la renverse quand je lui ai répondu que non. Voyez un peu où conduisaient les anathèmes de l’époque !

Subséquemment Métal U balance son rock ! Avec une donnée supplémentaire par rapport à tous ses concurrents : ils savaient jouer. Et bien. Les compos tenaient la route et la tiennent toujours. “Pop Poubelle” par exemple : pas besoin de recyclage. Quarante ans après, c’est toujours aussi solide. Durable (de lapin), tant harmonieusement que mélodiquement ! Mieux : son rock synthé-guitar fuzzés fera école. Quant aux textes, ils sont totalement radicaux et subversifs.

Le problème de ce genre de concept, c’est qu’il faut savoir compter les mesures, parce que la B.A.R, quand elle s’arrête, ça fait plus pro quand les musiciens s’arrêtent avec elle. Sinon t’as l’air un peu gland ! C’est quand même un peu plus difficile de rattraper le coup en cas de planterie qu’avec un vrai batteur, batteur pour de vrai, en chair et en os.
Car les boîtes à rythmes chez Métal U, c’est un concept. Un truc que leur batteur, Zip Zinc, bidouillera avec son p’tit chalumeau et sa p’tite soudure, parce que, dit-on, il n’avait pas un rond pour acheter un drum-set complet. C’est encore un concept parce que la batterie traditionnelle ça l’emmerde plutôt qu’autre chose. C’est toujours un concept parce que, comme tout bonne et nouvelle idée, le flambeau, en l’occurrence riffs plombés et tempo binaire, sera repris vite fait bien fait. A commencer par ses fils naturels, Kas Product et Charles de Goal, Bérurier Noir et Ludwig Van 88. D’ailleurs, ce n’est pas tout à fait un hasard si Jello Biafra leur voue une admiration sans borne. C’est aussi un concept inédit, car pour remplacer le claviériste, il faut deux guitares, celles des frères Boulanger, ceux-là même dont on a parlé plus haut. Enfin, c’est un concept parce que personne chez les keupons n’avait osé ce mariage impossible entre la gratte et la boîte à rythmes, Marshall et Roland. Certains appellent ça de l’électro-punk mais c’est radicalement novateur. Comme tout bon concept qui se respecte Métal U grave ses rondelles à l’étranger, puisqu’il est bien connu que nul n’est prophète en son pays. Du coup c’est Rough Trade à Londres qui sort le premier single … imprimé en Irlande. Et, quand Métal Urbain se met en veilleuse, les deux frères – dont certains numéros de duettistes équilibristes font furieusement, déjà, penser à ceux de Wayne Kramer et Fred “Sonic” Smith – montent, en 1980 Desesperado qui sort un LP produit par Marc Zermati ! Who else… Fin de la parenthèse. Retour à nos moutons.

Il y a chez Schwarz, une assurance évidente. Voyez la manière dont il se tient sur scène : bien campé sur ses pattes pour mieux campé le tempo. Une réelle connivence est évidente entre lui et la guitare. Quelque chose comme de la sensualité. D’ailleurs, quand il joue, ses yeux sont rivés sur sa main gauche et sur le manche. De peur que le truss-road foute le camp ou qu’une corde mal intentionnée ne lui saute à la figure ? Pensez donc… De peur que ses doigts ne dérapent sur la mauvaise case ? Peut-être… Mais, à mon humble avis, il s’agit plutôt de décupler le plaisir de sentir le palissandre de sa Les Paul Studio achetée en 2005 chez Gibson France..
Cette aisance aide à solidifier les choses, à les rendre plus stables, une assise en quelque sorte. De plus, il sait la tenir sa gratte. Un tout petit peu de frime bien sûr comme n’importe qui d’autre sur scène. Ça faisait partie du jeu dans la France rock’n’rollienne des années 70.

Apparence et constance, patience et exigence ! Une maîtrise, un côté pro qui ne dit pas son nom, genre “Tu te plantes mais tu peux toujours compter sur moi, j’assure”, transpire dans tous les groupes où Hermann Schwarz est venu prêter main forte. Son empreinte, sa carte de visite, sa marque de fabrique. Bien sûr, il a écouté Link Wray et Ron Asheton. Ça s’entend. Comme eux, il a une maîtrise naturelle du larsen. Mais Hermann Schwarz sait que si la nouveauté est belle, les racines sont éternelles. C’est pour ça que comme beaucoup il a un besoin vital de ce retour aux douze mesures. Les sources, ça ressource… Et quand on voit jouer les Openers en plein air, impossible de ne pas songer au MC5 jouant dans les rues de Detroit. Sauf qu’on est à Paris et qu’on n’est plus en 1969 !

Néanmoins la signature d’Hermann Schwarz c’est cette manière d’enfoncer le riff et de le tenir, de l’injecter de rythmique et de la clouer encore et encore avec des petits coups de marteau-riffeur qui propulse le morceau. Ce n’est pas de Wilko Johnson (qu’il a vu plus que raison) ni de Johnny Thunders (qu’il a vu tout pareil) qu’il tient cette intuition, ni même de Pete Townshend. C’est tout bonnement, à lui tout seul. Et cette patte (oui, mon lapin) est inimitable. Ceux qui peuvent en dire autant ne se comptent pas par dizaines !

Ouèche !

Professor Beeb HôPô

Les Openers (& Friends) en concert le samedi 1er  octobre 2011, 20h. Les Combustibles, 14 rue Abel 75012 Paris. Participation aux frais : 8€.

Bop-Pills_Trait_rouge

16 Commentaires

  1. Salut BeeB-Hopo!!! Je suis effectivement ton conseil.C’est un grand plaisir de voir un aussi bel article sur la reconnaissance d’un des nôtres Hermann, qui depuis Metal Urbain nous a toujours fait adorer la guitare.
    Quand un artiste de cette trempe prend l’instrument, vous, spectateurs, restez bouche bée de tant de maestria, et c’est pas des solo de Hardos…qui n’en finissent pas. Non! C’est posé là comme il faut, la dose qu’il faut…
    C’est en quelques sorte la reconnaissance de cette scène Underground Française qui illumine en phare de cette mouvance Hermann!!!
    Bravo et si Openers passe à Bordeaux je serai un des tout premiers à venir les voir jouer…! Merci!

  2. Beeb,

    “Super papier !” : Ronnie Opener te félicite et te remercie.

    Une bio de Métal Urbain devrait être bientôt publiée, je te tiens au courant.

  3. Super boulot Beeb !

    Je dois quand même te préciser que ni Jacno ni Ricky Darling n’ont joué dans Strike-Up, Jacno était batteur à l’époque et nous avions le meilleur du monde : Hervé Zénouda ( devenu batteur des Stinky Toys ); de plus, nous ignorions totalement l’existence de Monsieur Darling.

    Si je trouve d’autres commentaires méchants à faire, je n’hésiterai pas !

    Encore bravo !!!
    Hermann

    • Dont acte, Hermann !
      C’est que Professor BeeB HôPô s’est mélangé un peu les pinceaux dans ses documents. Métal Urbain est l’archétype du groupe à géométrie si variable que c’est quasiment impossible de narrer toute son histoire en 50 lignes.
      A mon sens, Métal Urbain mériterait qu’on lui consacre un vrai livre tant sa chronologie est dense et son influence indéniable.
      En tout cas merci pour le compliment car, effectivement, ça a été un énorme travail d’écriture et de mise en page. Et merci idem itou pour cette lecture approfondie !
      Prof.

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