CHiCKeN RoCK 1/2 : Le Nec plus Ultra de la Compil !

CHiCKeN RoCK part 2

Si j’en crois ce que j’ai vu et entendu en 1975 (mais qu’on se rassure, je fais encore très jeune), Chicken Rock, une compil terrible, baguenaudait au hasard des réassorts, entre Dave Music et l’Open Market. Je l’ai même vue une fois dans le bac à soldes de Music Action, ce qui frisait l’erreur de casting caractérisée. Encore que….
Bien évidemment, elle a crée illico presto un buzz du tonnerre du diable dans l’écoumène rock’n’rollien hexagonal. Les esthètes, les collectionneurs, les amateurs, les experts et les intégristes de tout poil, le sourire complice en coin et l’œil goguenard de jubilation non feinte, ne tarissaient pas d’éloges sur cette bénédiction tombée du ciel et parachutée on ne savait pas trop comment ni par qui.

Sans se coltiner une exégèse du rôle de la compil et des compilations, bien sûr qu’il y en eut une foultitude bien avant ! Des vertes et des pas mûres. Tout et n’importe quoi. Qui visait surtout les quidams organisant une surprise-party (les bôôms d’alors). CHiCKeN RoCK part 2

Des années 50 au milieu des années 60, on a vu des choses dignes de bienveillante considération. “Dansez ce soir”, “Surprise Party sous la Tour Eiffel”, et même une incroyable série de 10 volumes, me semble-t-il, “Super Surprise Partie Pingouin” : j’vous jure que c’est vrai ! Passons sur son corollaire “Super Surprise Kangourou” (croix de bois, croix de fer !) et les étoupillants “Surprise Partie chez Nathalie”, “Les 12 Twists les plus dansants”, “Surprise Partie Flirt” (on y vient) et “Suprise Partie Musette” (on y est).
L’arrivée de la série des “Rythm’n’ Blues” (“Formidables”, “Terribles” et autres) remet un peu d’ordre dans la maison. Comme leurs titres l’indiquent, tous étaient consacrés à cet idiome unique : la “soul” (c’est comme ça qu’on appelait le R’n’B” alors). C’était cohérent comme pas possible. Avec une face rapide (pour danser) et une face lente (on se demande pourquoi !). Nouveauté : les morceaux étaient enchaînés. Idées novatrices, totalement dans l’ère du temps, qui explique à elles seules le carton que feront ces séries-là.

Passons sur “The Rock Machine Turns You On”, premier grand sampler, édité en 68 par CBS. Surgit alors en 70, tel un diable sortant de sa boîte, perle parmi les perles, le double-album “Nuggets” scellé par Lenny Kaye. Punk mid-sixties avec un versant garage très prononcé. Deuxième perle : la bande son d’“American Graffiti” compilée par Kim Fowley et truffée de quelques interventions de Wolfman Jack. Bien sûr, Fowley et Kaye fixent les canons et les commandements de la compil rock de base. Bien sûr, on peut ajouter l’immense travail d’exploration réalisé par Georges Collange et les Dijonnais de Lyon. Mais ils leur manquaient un brin de dérision. Tout est donc pour le mieux jusqu’à ce que…
Alors que les deux piliers faisaient dans la nostalgie marshmallow pour l’un et l’érudition appliquée pour l’autre, “Chicken Rock”, prenait la voie de la tendresse amusée mais cependant éclairée. Car son track-listing défriche la route pour les “Bison Bop”, “Born Bad” et autres “Pebbles” (28 L.P. quand même),  “Desperate Rock’n’Roll”“Born Bad” et autres “Monster’s Rock” à venir. Et, bien sûr à l’étincelant manifeste de base “Rockabilly Psychosis and Garage Desease”.  Et donc “Chicken Rock” d’aller même à paver la voie pour le premier album des Cramps, “Songs The Lord Taught Us”. Oui, ça va aussi jusque-là. Cependant, une question me titille et n’en finira jamais de me hanter (gaps aglagla !) : s’ils avaient connu ce petit chef d’œuvre, la carrière des Cramps n’aurait-elle pas été différente ?

“Chicken Rock” y’a pas plus pétillant. C’est enjoué, épanoui, facétieux, bref sympa comme tout. Ça égratigne les dogmes rock’n’rolliens alors très intégristes et rigoristes. Car, déjà, intervenait un élément clé de toute bonne compil à venir : les monstres gentils ou non, mais ici plutôt délurés et joviaux, car certains titres étaient des chansons d’Halloween, mais ça en 1975 on n’en savait rien. Il a fallut attendre la tentative d’introduction de la fête d’Halloween dans notre si beau (?) pays pour en saisir la substantifique moelle. “Midnight Monster Hop”, “It Was A Nightmare, “Were Wolf”, Moonlight Party en sont d’éclatants exemples. C’est franchement dans le “Roulez, roulez petits montres”, et un tantinet bien plus calme que chez Paul Fenech et les éléphantesques outrages du psychobilly. Mais ça n’en est pas pour autant moins suggestif, voire subversif. Avec une bonne dose de rockabilly par là-dessus, et hop le tour est (bien) joué : l’anodin devient dès lors le fondement premier de toutes les compils et séries à venir.

Amalgamé par – on s’en doute ! – des experts (si vous avez les noms, ne vous privez pas…) allemands en l’occurrence, l’album brille par son homogénéité. Tiens, rien que les dates d’enregistrements et/ou de sorties des morceaux … : pas une seule qui ne soit antérieure au 5 mai 1958 et postérieure au 22 août 1960. On est bien dans la règle de l’unité de temps. Cassée par le “Batman Theme” (1966) de Link Wray. Mais l’exception confirmant la règle…..
Du coup, époque oblige,  les grattes sont saturées, mais un tout petit chouïa, les pianos (il y en a souvent) délaissent le “pumpin’beat” de Jerry Lee, et les saxes sont joufflus mais moins envahissant que dans les 50ties. Quant au chant….
L’ensemble, largement dans mon Top20 des meilleurs albums de rock, est extrêmement pointu. Bon, bien sûr, y a Link Wray que l’on avait déjà vu traîner de-ci de-là et qui jouissait d’une très belle cote en raison des albums Polydor et Virgin qui venaient de sortir. Les Champs aussi on connaissait, eux qui avaient trusté les charts avec “Tequila”.

Mais pour le reste une question (encore une) me chatouille irrésistiblement les neurones (oui j’en ai encore !) : qui, en 1974, dans l’hexagone, avait entendu parler :
– Des Beau-Marks (Well come on now baby let’s rock / Well come on baby let’s roll”, c’est y pas kantien ça ?),
– Des Chancellors (- mes chouchous – “See that girl black and red / She even takes her yoyo to bed” : Vise la fille en rouge et noir, elle emporte son yoyo au lit – c’est quand même nettement explicite !!!l),
– De Jack & Jim (“Midnight Monster Hope”, un panégyrique de toutes les créatures dans une chanson train-fantôme assez enlevée),
– De Mel Robbins (la première ressortie de son “Save It” est là),
– De Scottie Stuart (“Nightmare”),
– De Carl Bonafede (que sa maison de disque, Tek, vendait sous l’appellation “The Screamin’ Man”),
– Fat Daddy Holmes (son “Chicken Rock” allait servir 6 ans plus tard à Rocky Chignole, et Hank C.Burnette a très bien entendu les évangiles selon Fat Daddy), etc.
Droit dans mes houseaux, je repose décidément la question : qui, cheu nous, en avait entendu parler ? Réponse : personne. Joint au reste, l’effet de surprise était une explication au succès de la rondelle. Et vu que, par-dessus le marché, on n’avait encore ouï grand chose sur Halloween, auxquels se réfèrent de très nombreux titres ….. voyez l’effet de surprise …..

Et maintenant, préparez les mouchoirs. Car ce must rock’n’rollien, je ne l’ai plus. Un minable nuisible sournois me l’a chouravé. Le traître ! Alors, et c’est là qu’il faut sortir les Kleenex, car j’ai atrocement souffert. Le manque, voyez-vous. Un manque effrayant ! Oulala, je vous dis pas. Affreux ! Abominable ! Atrooooce ! Parce qu’en plus, depuis tout ce temps, y’a pas un tondu qui a eu la judicieuse idée de le rééditer en CD. Jusqu’à ce que, ô joie, ô réconfort, des petits malins glissent tous les titres au goutte à goutte sur TonTube. Alors, patient mais résolu, morceau par morceau, tel un archéologue sur son tas de sable avec la passoire dans une main et le râteau dans l’autre, le grattoir entre les doigts de pieds, j’ai reconstitué l’intégrale des deux faces. La preuve ! Et dans l’ordre de la set-list originelle s’il vous plaît. Faut un minimum. Car,  comme le dit si joliment Alain Gaschet dans son délectable bouquin Bootleg, les Flibustiers du Disque : “Tout le monde collectionne son adolescence” !

Enfin, malgré le repiquage du vinyle vers le MP3, ça tient vachté bien la route, point de vue qualité d’écoute, d’autant que lesdits repiquages sont faits d’après les singles originaux. Les labels sont plus ou moins obscurs : Carillon, Tek, Jet, Carlton, Argo, Brunswick…
Quand on écoute attentivement l’ensemble, j’ai comme la vague idée que c’est un parangon rock avec tout ce que l’on aime dans le rock’n’roll. Futile, secouant, fascinant, drôle, saugrenu, dérisoire, dramatique, insolent, cynique, macho, piquant, ridicule, niais, inattendu, désinhibé, décomplexant, bref, jouissif, épanoui et festif.

On n’a jamais retrouvé ça depuis et c’est pas demain la veille qu’on le retrouvera. Faut-il une preuve ? Alors cliquez LA, ouvrez et cliquez sur les flèches grizes !

Ouèche !

Professor BeeB HôPô

PS : Comme “Nuggets”, comme “American Graffiti” et bien d’autres, “Chicken Rock” aura des séquelles, pas forcément heureuses.

Trait_noir

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7 Commentaires

  1. Wow! Cela va nous changer de la Danse des Canards. Il était temps ! Quelle abnégation et surtout quelle mémoire ! Pouvoir recomposer un album complet dans sa forme originale, c’est Rock ‘n Rollien !! Au moins tu n’as pas perdu ton temps, tu as droit à ta place au Musée du Rock et du Roll ! Toute la collection Nuggets est une merveille et ce petit joyau est une belle suite (ou ouverture, je n’ai pas vérifié les dates; emporté que je suis par la lecture de ton exposé savant). Merci, ma culture s’en porte mieux ce matin et je vais faire cesser ces voix dans ma tête qui me disent que je suis un drogué du Rock ‘n Roll. Auxquelles je leur réponds souvent ; “Oui, mais… Et le Blues… et puis le Jazz… et puis les 50’s, les 60’s et les 70’s…..” “Et….?”

  2. Le lettrage a un coté pré punk.nan? pour être sorti en 75 je trouve qu’il y a quelque chose de vraiment nouveau, qui fera école par la suite.Ce lettrage ça ne présage que du bon.

  3. Woooooooh ! Quel travail magnifique ! Quelle patience aussi pour tout récupérer ! Merci, Beeb, de nous offrir toutes tes connaissances ! Je me sens beaucoup moins ignare aujourd’hui qu’hier.

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