RoBiN TRoWeR (1/2)

L’ultime guitar hero, le gardien du Saint Graal des solos de plus de trois minutes, le gardien du Temple, Robin Trower, va bientôt passer le cap des 45 ans de carrière. Du moins c’est ce qu’il ressort si l’on se base sur le premier concert des Paramounts qui date du 26 janvier 1964. Ca fait déjà un sacré bail, ça fait déjà un sacré bail !!!.
Rappel : les Paramounts sont la première mouture de Procol Harum. Ils avaient fait un petit carton dans les charts british (356ème place tout de même) avec une reprise de “Poison Ivy” du tandem Leiber-Stroller. Dans le groupe, on trouvait déjà B.J. Wilson, Gary Brooker. Et Robin T. Qui fut à l’origine l’un des principaux acteurs de la création du pub rock puisqu’il aida beaucoup de groupe de Southern dont il est originaire. Comme Procaol Harum. Comme Mickey Jupp. Et comme Dr Feelgood.

Depuis qu’il a laissé tombé Procol Harum, l’homme est connu pour le volume sonore avec lequel il joue depuis. C’est normal, c’est un guitar hero !
Les stacks Marshall (deux JCM 800 et/ou un JCM 900) qu’il n’hésite pas à employer en studio, alors que beaucoup se contente d’un simple Princeton, ne lui ont jamais fait peur. Tiens, pour preuve…alors que les ingés son se planquent dans la cabine, incrédules, il branche, consciencieux, une armada de micros qu’il pose savamment devant les gamelles des HP de deux 100 watts Marshall bien chauds : un en son clair, l’autre en overdrive.
Les JCM, quand il était jeune, c’était en stack, par paquet de trois minimum. Maintenant c’est deux amplis deux baffles, par deux ou trois, c’est selon. Comme il n’est pas droit dans les clous, il condescend à utiliser des Blues Junior (Fender) de temps à autre. Mais c’est juste en studio, hein, pas sur scène, ça relèverait du sacrilège. Et jamais, ô grand jamais, il ne passera par une boite de direct, faut pas déconner non plus !
C’est qu’il lui faut le son réel des gamelles et des membranes. Membranes qu’on l’on sent vibrer grave sur les deux Fender Deville dont il se sert on stage pour certains titres. C’est une histoire d’air !!! Car, dans une boîte de direct, fut-elle la meilleure, on n’entend pas cette pulsion qui fait qu’un ampli, même un combo, sonne de manière unique. Surtout un ampli à lampes. Surtout des Fender, surtout des Marshall.
Le fait est qu’on ne peut lui donner tout à fait tord. Le fait est, qu’on peut même dire qu’il a franchement raison.
Le gros son, bien gras, bien velu, poilu celui qui tue, c’est son truc que voulez-vous. Et vous ne le changerez pas. Remarquez, à son âge et avec les kilomètres parcourus, ça serait étonnant.
Pourtant, certains disent que, lors de certains concerts, les potards de volume et de gain d’un Marshall étaient souvent à zéro. Ça les regarde. Et c’est tragique à ce niveau de médisance….
Par contre, en studio comme sur scène, les potards des Strat : sur 10.
Subtile et habile transition.

Car Robin Trower est connu pour son indéfectible loyauté à la Strat dont il trimballe toujours deux ou trois modèles signature en tournée.
Cette exaltation stratoïde lui est venue non par Hendrix (c’eut été trop beau pour être vrai), mais via Martin Barre, guitariste de Jethro Tull. Il en avait une en tant que guitare de rechange, la première étant une Les Paul (c’est original). Procol Harum et Jethro Tull (les deux groupes étaient sur le même label : Chrysalis) et partageant la même affiche au Fillmore.
Lors des sound-checks, Barre lui prête la Strat. C’en était fini de la belle histoire d’amour entre Gibson (Les Paul, toute une série de ES, des SG en pagaille et une magnifique LP Gibson Sunburst qu’il utilisa à satiété chez Procol Harum).
Les Fender qu’il utilise sont toutes faites à l’identique. Couleur : Midnight Wine Burst, manche : tête CBS, élétronique : 3 micros custom simple pour chacune des grands décennies de la Stat : un Fender custom 50s en position manche, un custom 60s au milieu et un Tex Mex vers les pontets. Alors, qu’est qui fait la différence entre chacune d’entre elles ? Pourquoi prend t-il celle là plutôt qu’une autre. Réponse : la densité des bois du corps !
Les pédales aussi : Dan Armrstrong, Electro-Harmonix, Uni-vibes. Parmi les “gadgets” : une Fulltone Fulldrive 2 (la même que Steve Stevens, Robben Ford et consort). Et aussi une Univox-Univibe U915 (comme Hendrix ou Gilmour). D’ailleurs, plusieurs modèles de chez Fullerton sont édités sous sa signature….

Pour en revenir à la puissance sonore, tiens, un exemple : en 76, il écume les States avec 16 tonnes de matos, un Mécano que sa road-crew met 9 plombes à monter ! 114 JBL sur 35 amplis Crown !!! Ca devait faire un sacré barouf. Mais à l’époque, c’était la course à l’armement. Tant au propre qu’au figuré !!! C’était carrément la plus grosse sono du monde. Et ça plombait directement Emerson, Lake & Palmer, poutant pas radins en la matière. Les trois semi-remorques, avec sur chacun la première lettre du patronyme de chaque membre du trio. A plates coutures qu’ils étaient battus.
Comme c’est un besogneux, Trower passe des journées entières à s’entraîner, même encore maintenant, histoire de progresser encore et encore. C’est une preuve remarquable d’humilité peu commune à ce niveau et assez rare chez ses pairs.
Bien sûr on ne manque pas, lui le premier, d’invoquer Hendrix en référence d’inspiration majeure de Trower. Mais c’est pas aussi évident que ça : la première guitare qu’il s’est faite acheté alors qu’il était môme, c’est à cause de Presley qu’il avait vu à ‘Ed Sullivan Show, quand bien même son amour de la disto vient de Hubert Sumlin’.

Rien de tel pour servir son sens peu commun de l’exposé dramatique. Lequel est occulté de manière éhontée par l’ombre du gaucher de Seattle et celle de « God ». Hendrix avait théâtralisé la guitare et Clapton avait définie les normes de la tragédie guitaristique. Le drame et sa tension revenaient à Trower qui ne s’est pas gêné pour en établir les canons.
Shakespearien dans l’introduction, cornélien dans la narration et racinien dans la conclusion ? C’est comme vous voulez. Néanmoins, Shakespeare, dans son cas, c’est idoine. Non seulement parce que, évidence biblique, il est anglais. Mais aussi parce qu’on le sent toujours en déchirement, en proie à des dilemmes insolubles.
Son univers est souvent assez sombre, et son jeu entièrement, ou presque, basé sur la penta mineure (souvent en première position) illustre parfaitement cette sensibilité musicale proche de l’incandescence. Mais toujours majestueusement harmonieux. Et quand la voix si envoûtante de James Deward se pose dessus, l’osmose chant et guitare est au bord de la perfection. C’est que jamais guitariste n’a su aussi bien préparer le chemin de ses chanteurs. “Bridge Of Sight” en est une indéniable preuve…. C’est quasi transcendantal (le blues l’est souvent) et parfaitement totalement transcendant, même dans certaines redites, il y en a. Mais que le guitariste qui ne s’est jamais répété se jette la première pierre !
Souvent ses grandes tirades ressemblent à une fantastique odyssée vers le blues. Kim Simmonds, retiendra les données pour la nouvelle orientation de Savoy Brown.
Les accordages que Trower utilise permettent aussi l’exposé de cette tension dramatique. Mi, bien sûr à cause du Mi grave à vide; Sol aussi, pour le sol à vide. Pas rares non plus : Si et Do#. Mais de là à parler d’accordage ouvert, il y a loin.

Il y a une chafouinerie dans l‘absence assourdissante de Robin Trower dans les grands médias. Pas uniquement dans les médias d’ailleurs, mais aussi dans les cédéthèques et autres bacs. Ca relève presque de l’anathème au point qu’il faudrait presque se cacher pour l’écouter par chez nous. Résultat, un pan entier de l’histoire du rock et de la guitare électrique passent à la trappe. D’ailleurs, y’a qu’à voir. Le “nouveau” bassiste, ben il a joué avec rien moins que : Jeff Beck, Eric Clapton, Sting, Procol Harum,  Bo Diddley, Roger Daltrey, David Gilmour, Brian Ferry, Phil Collins, George Harrison, Stuart Copeland et Ray Davies. C’est pas une encyclopédie ça ? Et a-t-on vu une interviouve de Trower dans nos gazettes dites rock’n’rolliennes et bluezistique ? Mais il est vrai que l’homme n’a que faire des tourbillons de notes. Ce qui aggrave son cas, tant ce gimmick attire les foules.
Néanmoins, quand on a  roulé 45 ans, enregistré 45 ans dans les studios et connu 45 ans de succès et de galères, on doit être une mémoire ambulante et avoir des choses à dire. Ca doit être d’autant plus facile de faire parler Trower que le bonhomme est d’une gentillesse à toute épreuve. Témoins : les autorisations pour ce questionnaire qui sont passées par un fan qui gère ce genre de demandes. C’est qu’il faut être sympa pour avoir des fans en guise d’attaché de presse et de responsable de com’.

Bon, j’arrête là. Juste : Trower, au bout du compte, c’est quelqu’un qui oscille sans cesse dans le dilemme, “être ou ne pas être”. Du blues shakespearien.
Ouèche !

Professor BeeB HôPô

Bop-Pills_Trait_rouge

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