GiBSoN.CoM ToP 50 GuiTaRiSTS oF aLL TiMe 2/2 : CRiTiQue De La DéRaiSoN PuRe

Gibson Top 50 2

Slight return : Gibson, sur son formidable blog (*) a donc publié, il y a peu, enfin y a pas si longtemps que ça, y a peu, enfin y a pas si longtemps que ça, un Top 50 (ça nous rajeunit pas) des meilleurs guitaristes “de tous les temps”. Oui, juste de “tous les temps”. Fouyaya ! Excusez du peu. Car on savait jouer de la guitare, qui plus est électrique, dès le Cambrien. Ça nous avait échappé. Fin du “Slight Return”.

En général quand les américains font des classements, c’est souvent “de tous les temps”. C’est une marotte. C’est obsessionnel. Presque dans les gênes. C’est certainement rapport à leur Histoire. Faut ce qu’il faut. Néanmoins, le Top du facteur de Nashville est assez étoupillant dans ses attendus et jugements. Dans le genre, c’est même franchement étonnant et ça mérite que “Bop Pills” s’y arrête quelque peu. Non pas que ce classement des 50 meilleurs guitaristes de “tous les temps”, j’insiste, selon les pontes de Gibson et des lecteurs de “New Style Life”, soit totalement révolutionnaire dans le segment : on se rassure tout de suite les plus grands sont là.

Mais, comme toujours dans ce style de binz, il y a des absents. Or, là, ils sont de taille. Et si Pr.BeeB HôPô, lui-même n’a pu éviter l’écueil inéluctable dans son célèbre Top 100-100 potes, si même Rolling Stone bien avant lui n’avait pu y échappé, le danger était, idem itou, pas qu’un peu très grand pour Gibson ! A ceci près que les deux premiers cités au-dessus avaient en commun leur nombre de référence (100), ce qui limitait la casse et les éventuels laissés pour compte, et que Gibson avait choisi la difficulté avec un contingent de 50 guitaristes. C’est total minimaliste. C’est même maouse rikiki. Mais Gibson limite les prises de risque par l’introduction d’une nouvelle donnée : les ex aequo qui sont légions. Ce qui évite consciencieusement, diplomatiquement et très professionnellement les éventuelles séances de départages !

Cependant, il y a des détails qui changent tout. D’abord Gibson est une firme, et pas n’importe laquelle. Elle est plus QUE centenaire. Un siècle. Et pas n’importe lequel, le XXème ! 108 années pas toutes tranquilles, 1296 mois un tantinet enragés, 39672 jours plutôt secoués. Vous rendez compte ? Fondée en 1902 ! Pratiquement lors la genèse de la musique improvisée. Bref, toute une histoire. Ce qui laisse aussi supposer que des tas de guitaristes, et non des moindres, aient pu passer dans ses bureaux d’ingénierie, dans ses hangars de stockage, dans ses centres de séchage et dans les ateliers de son custom shop.
Ensuite, le Top 50 Gibson, plus que tout autre, est une incontestable vue de l’intérieur. Celle des musiciens et des professionnels maison, censés connaître la guitare, la musique et leurs théories sur le bout des pulpes et du bulbe. Certes, elle est aussi le reflet du “lectorat” des lecteurs de son blog et de ses visiteurs. Uniques ou non. Tandis que ceux de BeeB HôPô et Rolling Stone sont les réflexions d’amateurs. Pour mémoire un amateur est celui qui aime !

Alors, plus que les présents, ce sont les absents sur lesquels nous allons pointer le médiator, car, ils sont l’exact reflet inversé des présents, et réciproquement, dans leur immense majorité des rockers, qui ont été élus. Ce qui laisse la place à des oublis mémorables dans les racines profondes de la musique populaire américaine par ses enfants. Voire une ignorance crasse. Et ce n’est pas la présence de Robert Johnson qui prouvera le contraire  ! Les choses doivent cependant être bien claires : il n’est pas question de faire pression pour intégrer tous ceux laissés au bord de la route. Mais si deux ou trois, dans chaque catégorie, avaient été présents, les choses auraient été radicalement différentes. Let’ go !

Commençons par un bout, au risque d’emmêler la pelote. Le jazz. C’est nécessiteux. Il n’y a que trois guitaristes de jazz. Et nombres de ceux qui ont porté la marque en lui proposant quelques-uns de ses plus beaux modèles, en plus d’avor joué ou composé des pièces d’anthologie, sont totalement ignorés. Kenny Burrell ? Tal Farlow ? Barney Kessel ? Howard Roberts ? Grant Green ? Herb Ellis ? Où sont-ils ? Idem pour Lee Ritenour ou Larry Carlton. Pour sûr qu’il y a Charlie Christian, Wes Montgomery et même, ô joie, envoyez les applaudissements et la Marseillaise, Django Reinhardt. Si ! Mais dans un Top 50 où le rock est roi, ça relève du strict minimum syndical.
Oui c’est vrai… Il y a Danny Gatton dans le “Gibson.com Top 50 Guitarists of All Time”,  Danny Gatton dont le “Redneck Jazz Explosion” n’est pas si éloigné que ça du jazz ! Mais ça reste un peu short taillé bien au-dessus du genou, surtout que c’est la seule incursion enregistrée de D.G. dans l’idiome. Danny Gatton est à la 27ème place !

Là où ce classement chafouine encore un peu beaucoup, c’est par le vide en matière de blues. Surtout avec tout ce que l’on lui doit. Pour ceux/celles qui auraient oublié, “toute la musique qu'”il” aime, elle vient de là, elle vient du blues”. C’est dire.
Du coup, les absences de certaines sommités des Douze Mesures (Skip James, T-Bone Walker, Otis Rush, Elmore James, Albert Collins, Jimmy Reed, etc.) remuent les boyaux. Surtout T-Bone, c’est très personnel, j’ai toujours eu un très gros faible pour lui voyez-vous.
Mais bon, pourquoi se plaindre puisque Buddy Guy, Hubert Sumlin’, Steve Ray Vaughan et B.B. King sont là ? Avec l’incontournable, l’inévitable, l’obligatoire Robert Johnson, manquerait plus que ça qu’il ne soit pas là. RJ, sans lequel le rock et donc le rock-blues n’existeraient pas qu’on nous serine depuis des lustres ! Ben voyons… En plus, ce qui est fou dingue : Johnson est le plus “ancien” de tous. C’est dire si ce Top est franchement tourné vers les djeunes qui, pour un peu, pourraient situer le “Crossroads” de Cream, à 57 ans après RJ. Seulement, ils y connaissent que couic.

Si côté blues c’est assez indigent, côté country, c’est la totale. C’est carrément indigeste. C’est qu’on ne risque pas de s’étouffer. Car, pour ainsi dire, c’est le vide quasi complet, le néant presque sidéral, l’inhabité comme parfait. Bref la zone. Juste Chet Atkins et encore, car on peut légitimement se poser la question de savoir si ce bonhomme ne joue que country. Mais il est vrai aussi que BeeB HôPô lui-même a aussi presque oublié l’idiome. Cela dit, où sont Doc Watson, Merle Travis, Albert Lee, Jerry Donahue ? Où au moins l’un d’entre eux. Ca aurait pu éviter de voler au ras des pâquerettes.

Grands manquants, idem itou : les shredders et autres fondus du rock nitroglycériné pour djeunes. Même pas Michaël Angelo Batio, ou Chris Imprelliteri et encore moins Brian Carroll alias Buckethead. Étonnant dans un classement où la présence de Ritchie Blackmore à la 49ème place (ex aequo avec Kurt Cobain) flèche quand même pas qu’un peu la tendance. Et Joe Satriani et Steve Vaï ?

On arrive au rockab’. Et là c’est proprement effarant. Effrayant ! Le néant abyssal. Obscurantisme est le premier mot qui vient à l’esprit. Là, c’est même pas un chouïa ni un petit chouïa, c’est même pas un peu bezef, c’est macache bono. Comme je vous le dis. Certes il y a Scotty Moore. Et alors ? Encore une fois où sont Cliff “Galloping” Gallup, James Burton, Grady Martin ?

Par contre, il y a de très heureuses surprises. Exemples : Richard Thompson et Clarence White, que même le Professor, un peu léger sur le coup, avait tout bonnement oubliés, Richard Thompson surtout. D’autres plus étonnantes, voire saugrenues : Steve Jones et  Lou Reed par exemple. Ou Mike Campbell, l’étai de Tom Petty.

Mais la cerise sur le gâteau de l’abracadabrantesque, c’est Segovia qui est là. Bien là, bien présent. Et à A la 47ème place. D’un “Top 50 Guitarists Of All Time. Ca prouve quand même qu’un max de pseudo rockers ou quelques-uns des 49 autres se sont sûrement aiguisés les quenottes dans les conservatoires, alors que les vrais ont appris… à la feuille.

Tout ça laisse quand même un arrière goût d’incomplet, d’inachevé. Au bout du compte, on en vient à croire que l’Amérique oublie ou cherche à oublier des pans entiers de ses racines les plus profondes, fussent-elles guitaristiques. Ainsi que toutes celles qui ont pu l’aider à se construire et à bâtir sa jeune histoire. Histoire qu’elle se donne tant de mal à fabriquer de toutes pièces et qu’elle cherche tant à légitimer parce qu’elle la voudrait planétaire.
C’est à croire aussi que le rock, grand nœud d’échange,  est à l’origine du monde, lui qui, sans vergogne, a piqué tout partout où il pouvait tout ce qu’il pouvait. Et dans à peu près toutes les formes de Musique qui l’ont précédé et celles qui l’ont suivi.
Mais l’invisible donnée essentielle, le chaînon manquant, celle qui expliquerait tout, en tout cas beaucoup de choses, c’est le panel d’âge des “votants”. Car ce n’est pas tout à fait un hasard si tous les grands géniteurs du hard-rock sont bien présents : de Blackmore à Young, en passant par Slash et Jimmy Page, ils y sont tous ou presque.
C’est à croire que le rock aux States se limite désormais en partie au heay-metal. Ou alors que ce classement se met des œillères en ne citant que des poids lourds. Parce qu’il n’y a pas de grands inconnus. Hormis Danny Gatton, et encore…. maintenant qu’il est mort, c’est une star !

Et puis, moi, un classement consacré aux 50 plus grands guitaristes “Of All Time”, qui fait l’impasse totale sur James Burton et, avec, tout ce que lui doit la guitare électrique, qui place Keith Richards DEVANT Eric Clapton, ça me laisse bigrement rêveur car c’est fichtrement déraisonnable et pas crédible pour un rond.
Ca le devient encore plus quand Hank Marvin passe à la trappe et se retrouve donc relégué dans les poubelles de l’histoire. On frise l’outrage quand, ô grand sacrilège, guerre aux impies, il manque Peter Green.
Fallait-il encore une preuve que notre monde est réservé aux djeunes ? Au point de leur faire oublier d’où ils viennent et donc où ils sont pour mieux leur faire savoir où ils vont ?  J’en doute.

Néanmoins, le premier est (toujours) Hendrix, bien que plusieurs indices extérieurs à ce Top 50 laissent à penser que sa suprématie va devenir de plus en plus contestée, ce qui dans un sens n’est peut-être pas plus mal, allez savoir, mais total au diapason d’une époque où l’on ne respecte plus rien mon bon monsieur, si !
Bon, avec tout ça, je me suis pris un coup de blues. Oui un fichu coup de blues.
Et avec, un sacré coup de vieux.
Mais ceci est une autre…histoire.

Admin.

(*) Le blog de Gibson en cliquant [ICI]

2 Commentaires

  1. Allan Holdsworth est ( avec le peu de connaissanceq que je possède ) le guitariste qui m’a le plus transporté jusqu’à présent. N’a-t-il pas sa place dans un Hall of fame de ce genre? Il n’a peut être pas la portée historique de bien des guitaristes listés mais ça fait déjà un moment qu’il tourne, et qu’il le fait bien! ( voir Soft Machine en 74 ). Pour moi, ses prestations de 74 dépassent celles de bien des shredders actuels et aujourd’hui il propose une musique d’une fraicheur rare, servie par une maitrise technique époustouflante ( ah, son legato… ), sans tomber dans la démonstration technique que proposent des Buckethead et autre Shawn Lane dans certains morceaux. Bref, il me parait être un des plus grands et de grands guitaristes semblent être d’accord ( cf Van Halen, Satriani, Zappa… ). How didis possibeul?!

    • Réponse à Schistevert : Ben franchement, j’en sais rien du tout ! Ce Top est celui de Gibson, que je n’ai fait que commenter. Pas le mien … duquel Allan Holdworth est aussi absent. Pourtant, je l’ai vu plusieurs fois sur scène – oui, je n’ai jamais acheté ses disques –et je me suis profondément ennuyé à chacune d’elles – c’est pour ça que je n’ai jamais acheté ses disques. Il y a quelque chose de trop parfait dans son jeu effectivement époustouflant de maîtrise technique. Et même tellement, qu’on perd souvent le fil de qu’il veut raconter avec sa pelle. C’est pour cette raison que sa musique est très souvent – du point de vue de mon ouïe : – assez rébarbative. J’irais jusqu’à penser (et à écrire) qu’il se tire une balle dans le pied avec ses prouesses. Il est d’ailleurs très symptomatique de voir que ni lui ni Stanley Jordan ne figurent très peu souvent dans ce genre de truc. Y compris celui de Rolling Stones. Dans le genre, Robert Fripp semble faire un peu plus l’unanimité. Peut-être parce qu’il est (souvent) encore très spontané ? Cela étant dit, vous avez parfaitement raison pour Buckethead et Shawn Lane : deux rasoirs méga barbants. C’est à qui le sera le plus des deux…
      Professor BeeB HôPô

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