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GiBSoN Les PauL 1960 eRiC ClaPToN 2/2

Juil 15th, 2012 | By | Category: BoPPiN' GuiTaRS & BuRNiNG aMPS

Résumé de l’épisode précédent : Dieu se lance dans le miracle impossible. En effet, 46 ans après s’être fait subrepticement subtilisé une subtile guitare avec laquelle il a enregistré un album mythique, il essaie de retrouver de mémoire les sensations éprouvées sur cet historique objet. Ceci dans le but d’une fabrication en série très limitée (cinq cents exemplaires) de la pelle évanouie. Les acheteurs pourront-ils ressentir les impressions divines et retrouver le céleste génie du Grand Moufti de la pentatonique ? Pourront-ils même sentir monter en eux la suprême sève créatrice de l’Éternel de la six cordes ?

La sonorité des bois utilisés pour fabriquer une bonne Les Paul Standard est l’essence même du timbre de cette fabuleuse guitare électrique. Il n’en est pas autrement pour la Les Paul1960 d’Eric Clapton. Alors, pour confectionner le corps de chaque instrument d’une seule pièce, Gibson Customs de fouiner dans ses réserves pour dégoter un acajou le plus léger possible, la Les Paul étant réputée pour être plutôt pesante sur l’épaule, par conséquent bien plus lourde qu’une plume de cheval (dixit les Marx Brothers !). Ensuite, unir ce dos à une table exécutée en deux morceaux d’un érable quasiment ciselé. Bien entendu chaque pièce de bois est sélectionnée en recherchant le grain qui correspond exactement aux souvenirs de Clapton tel qu’on peut le constater sur la Les Paul1960 originale et tel qu’on peut le voir à travers le vernis de nitrocellulose, teinte Antiquity Burst. On est très à cheval sur les boiseries chez Gibson !

L’acajou et l’érable sont un mariage considéré comme divin – ce qui est un minimum syndical pour God him self – question sonorité et grain. Le premier apporte profondeur et chaleur à l’instrument, tandis que le second procure crunch et clarté. L’ensemble permet aux notes de se détacher parfaitement de la guitare pour aller jouer ailleurs. En ce qui concerne le manche, on a affaire au nec (j’ai encore osé ! Désolé …) plus ultra. Il est composé d’une seule pièce à partir d’un quartier d’acajou et collé avec un assemblage à long tenon tel qu’à l’époque. La touche est en palissandre.

Du coup, la résonance est d’une grande stabilité et d’une harmonieuse diffusion (sic !). Les 22 frettes sont de type jumbo et faites d’un alliage argent (20%) et nickel (80%). Reflet de l’évolution des manches de Les Paul, le profil a été aminci avec l’approbation de Clapton. De plus, il est incliné (le manche…) à quatre degrés et l’angle de la tête est de dix-sept degrés pour assurer un meilleur sustain et garantir une excellente pression dans le sillet. Un sillet en nylon 6/6 1952-1960 authentique et positionné par PLEK pour une précision parfaite. Pour faire court, le PLEK est une technique d’ajustement de l’intonation et du truss-road. Un bras-robot assisté par ordinateur parcourt le manche et calcule tout : hauteur des frettes, radius du manche, et galbe de l’exemplaire concerné. Et en fonction des résultats obtenus, le truss-road est positionné au poil près et les frettes polies au quart de poil. C’est ce qu’on appelle le Pleck plus ultra (comment pouvoir la rater ?).
Sans vouloir jouer les rabat-joies, l’angle de 17° c’est pour toutes les grattes, sauf pour Fender et dérivées de Strat. Pour le reste, c’est du pur Gibson.

L’accastillage comprend un chevalet ABR-1 Tune-O-Matic en zinc plaqué nickel et un cordier Stopbar Lightweight en alu plaqué nickel. Les mécaniques sont des Grover Kidney, celles même ajoutées par Clapton à sa guitare. Cette modification était courante à l’époque, les grattes montées en usine avec des Kluson étant réputées mal tenir l’accord, surtout en concert.
Parlons des micros, une usine à gaz en général pour n’importe quel constructeur. Inévitablement les têtes d’œuf du Nashville Custom Shop de Gibson y ont aussi pensé avant de se pencher longuement dessus. Le contrôle est des plus traditionnels pour la marque : un sélecteur de position ainsi qu’un bouton de volume et un bouton de tonalité pour chaque micro. Les Humbuckers PAF (Patent Applied For) de Gibson de fin des années 50 au début des années 60 sont les plus vénérés et les plus recherchés des micros. Alors, pas vénère, Gibson Custom tel un origami, s’est mis en quatre pour les recréer surla Les Paul1960 Eric Clapton. Pour ces guitares à édition limitée, les micros dits Custom Buckers (subtil jeu mot sur “Custom” et “Humbuckers”) ont été fabriqués sur la base de souvenirs personnels d’E.C. Ah bon ! Les solénoïdes sont ceux choisis parmi plusieurs prototypes. Mais avec cependant une particularité : le micro chevalet a plus de gain, histoire de sustain pour le jeu en solo. Au final, ils comprennent quelques tours de fils gainés d’émail 42 AWG (American Wire Gauge) enroulés sur des bobines désappariées conformes à l’originale. Ils sont agencés avec d’authentiques aimants authentiquement vrais de vrais Alnico III – Aluminium, Nickel, Cobalt – renforcés par une petite pincée de fer et de cuivre. Enfin, les potards sont des CTS haut de gamme. Pour les mérous qui ne connaissent que couic en électronique, le 42 est bien un tirant de fil émaillé qui donne une sonorité très brillante et s’enroule mieux que le 43 plus cassant parce que moins souple. C’est comme les tailles des godasses ou des fers à cheval, sauf que c’est pas pareil.

Bien entendu chaque exemplaire de la super gratte de luxe est muni de tout plein de trucs : étui préformé signé par Clapton tout comme la tête du manche, des cédés ou des vinyles 180g selon la série, etc…

Ce que Gibson oublie de préciser dans cette réfection d’un modèle fantôme, invisible, intouchable et inaudible, c’est que ce n’est pas seulement la gratte qui a modelé le son de “John Mayall With Eric Clapton”.  Si cette guitare est totale mojo, c’est également à cause de son adéquation avec le fameux Marshall JTM qui s’avérera être le bon cheval car, comme certains l’affirment, ce n’est pas seulement le micro qui fait la guitare. Est-il besoin de rappeler que c’est la première fois qu’un musicien ose la combinaison Gibson + Marshall avec les répercussions qu’elle aura sur la musique amplifiée au point d’en devenir l’étalon ?

Maintenant imaginez ce qui se serait passé si Clapton ne s’était pas fait chouravé sa pelle. Ou à contrario (j’aime les contraires), s’il était mort en plus de s’être fait soustraire la bête… Imaginez encore si Dieu n’avait pu reconnaître sa gratte pour cause d’amnésie… Horreur : pas de business ! Comme les Dieux sont d’un naturel prudent et qu’il n’est pas question que semblable incident se renouvelle, on se doute de ce que le Custom Shop de Fender a bien pu élaborer pour passer “Blackie” à la moulinette des scanners et autres rayons X,  enfin bref  tout ce qu’il faut au cas où une mise sur le marché s’avérerait judicieuse et nécessaire. Laquelle “Blackie” est l’illustrissime “trois en une” que Clapton traîna sur toutes les scènes du monde et qui fut adjugée en 2004, année de la vente d’icelle pour les bonnes œuvres divines. C’est que E.C. est un bon cheval qui boulotte à toutes les écuries ! Liste des dernières en dates, donc non exhaustive :

– Fender avec des modèles signatures qui, s’ils n’étaient pas signés se vendraient à la moitié du prix public “généralement constaté”;
– idem chez Martin;
– chez Gibson avec cette Les Paul et une réédition limitée de sa célèbre 335 rouge;
chez T-Mobile;
– Arrows Books (auquel il donnera son accord en 2008 pour une publication de ses mémoires – loin d’être passionnantes – contre la coquette somme rondelette de 6,5 millions de dollars);
– Et, henni qui soit mal y pense, chez Ferrari. Mais là il flambe ses éconocroques !

Car depuis que George Harrison lui a offert une Ferrari bleue – en plus de son épouse ex-modèle – (alors qu’E.C. n’avait même pas le permis de conduire !), le maestro s’est découvert un dada en la marque au canasson cabré. Pour preuve, il vient de s’offrir une SP12 EC (EC = E.C.) dont le look louche lourdement vers la 458 Itala. Aux dires des connaisseurs de Ferrari – oui, ça existe ! – il s’agirait même d’un hybride de très bon aloi et de fort bon goût entre la 458 et la 512 BB. Coût de la bête ? Ben on sait pas exactement. A vrai dire, même si le chiffre de  quatre millions d’euros est avancé, on n’en saura jamais rien du tout ! Simplement parce que un, les stars sont peu loquaces sur leurs achats, compulsifs ou non, et deux, c’est le silence radio chez le constructeur qui protège jalousement sa clientèle fantôme.
Mais qu’on se rassure : il doit bien rester encore un peu de sous dans le nourrain claptonien. Peut-être même qu’il pourrait se lancer à racheter Fender, qui en plus d’avoir inventé la Strat et la Tele, avait lancé la Mustang, guitare sur laquelle on a jamais vu galoper les divins didis ?
Avec une fortune estimée à plus de 150M d’€, il pourrait bien prendre quelques parts !
A votre avis ?

Ouèche !

Professor BeeB HôPô

(PS : cette série de notes est une traduction très-très libre d’un article publié sur le blog de Gibson USA, auquel j’ai ajouté des éléments à mon avis essentiels pour la compréhension de cette démarche assez singulière.).

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