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BeeBoPiToNe n° 3 – eDDie FLoyD : “BiG BiRD”

Avr 22nd, 2012 | By | Category: BoP THe RoCK

9 décembre 1967. Un bimoteur privé s’écrase dans le lac Monona, près de Madison dans le Wisconsin.  A bord Otis Redding …. alors en pleine ascension ! Avec lui, son groupe les Bar-Kays. Tous meurent noyés, excepté le trompettiste Ben Cauley, lequel ne savait pas nager.
Neuf jours plus tard, les obsèques d’Otis Redding rassemblent la fine fleur de la soul et du rhythm’n’blues et avec elle une bonne partie des catalogues Stax, Atco et Atlantic. Solomon Burke, Sam and Dave, Joe Tex, Arthur Conley, Johnny Taylor sont présents. Rufus Thomas, Percy Sledge, Wilson Pickett également ainsi que James Brown et Gene Chandler. Booket T. tient l’orgue pendant la cérémonie.

Étant admis que dans chaque enterrement il y a presque toujours une absence remarquée, on note ici celle d’Eddie Floyd. Mais il a une bonne excuse : il tourne sur les scènes britanniques. Ce 9 décembre est même le dernier jour de la tournée. Car, tout comme les précités, l’homme commence à soulever les foules en Europe.
On peut argumenter tant et plus, mais en France, Hallyday sera l’un de ses révélateurs. Sa reprise de “Knock On Wood”, traduit par “Aussi Dur Que Du Bois” – après tout pourquoi pas ? – y est pour beaucoup. Tout comme “Je Suis Seul”, reprise du “What Is Soul ?” de Ben E.King. Marrant de voir que le medley des deux, poivré par la canulante rengaine “Y’a t-il quelqu’un ki-veut-mémé-ce-souar ?”(*) est l’un des clous de ses spectacles d’alors. Marrant aussi de voir que “Knock On Wood” avait été écrit pour Otis …… Bien entendu, un  peu partout en Europe,  il y a un engouement certain pour tout ce qui touche à la soul et au rhythm ‘n’ blues. D’ailleurs ce n’est pas pour rien si en Angleterre Julie Driscoll reprend le “Save Me” d’Aretha Franklin et fait un malheur dans les îles britanniques ainsi qu’un peu partout dans l’Europe des Six. Mais il faut dire qu’entretemps, la méga tournée Stax Revue de 67 a rencontré un succès phénoménal  et inespéré, du moins pas à ce point, sur toutes les scènes du vieux continent et de la perfide Albion. Dans ce cas,  ça s’appelle un triomphe total. Ni plus, ni moins.
N’empêche, Flyod a déjà composé deux titres phares (avec Steve Cropper et Wilson Pickett) : “Ninety-Nine and a Half (Won’t Do)” et “634-5789 (Soulsville USA)”. Le premier sera un plat de résistance du répertoire de Dr. Feelgood, Creedence Clearwater Revival et des Redskins. Même le “Boss” ira aussi de sa reprise. C’est dire… Quant au second, s’il est le starting-block de Wilson Pickett, il ne donne rien moins que le surnom de Stax Records : Soulsville. Nonobstant Pickett (la vache, ce coffre !!!), chaque poulain et chaque mustang de l’écurie Stax a au moins un titre composé ou coécrit par Floyd.

“I had a flight booked to leave to go to New York and then to Atlanta. We got out of the airport and we got on the plane. The plane taxis out and it looks like it’s ready to Take off. We went down the runway and suddenly it puts on the brakes, throwing folks everywhere. Something happened to one of the motors of that big jet. They took us back in the airport and we were there for five or six hours. That’s where I wrote the song, ‘get on up Big bird’. En bon françois quelque chose comme : “Il s’en est fallu moins une qu’on ait un accident, vu que l’avion qui devait rallier Nou Iorque a eu des problèmes sur l’un de ses moteurs juste avant le décollage. Comme on était déjà tous installés  “ils” [la compagnie] nous ont ramenés à l’aéroport. On a attendu cinq ou six heures. C’est là que j’ai eu l’idée de ce morceau”. Il oublie juste de dire qu’il espérait bien être présent aux obsèques !

C’est avec Booker T. Jones que Floyd  termine “Big Bird”. Booker T. qui, non content de produire la séance, joue tous les instruments. Tous ! Même le riff de gratte. Les cuivres, ch’uis pas sûr, mais ça se pourrait bien. Tout ça prouve en tout cas que l’on savait manier à la perfection les magnétos multipistes chez Stax.
Le single sort le 1er février 1968 aux States. C’est pas la ruée, loin de là. Faut quand même préciser qu’en face la concurrence est rude. “(Sittin On) The Dock Of The Bay” est sorti à la mi-janvier et cartonne comme pas possible. C’est un succès planétaire qui squatte tous les charts. Les sessions de “(Sittin On) The Dock Of The Bay” s’achèvent le 8 décembre 1967. C’est une composition signée Steve Cropper et Otis Redding qui est aussi l’interprète du seul et unique numéro 1 du Billboard à titre posthume. La chanson atteint la 1ére place du top des Top US le 16 mars 1968 et y reste crânement pendant 5 semaines consécutives. C’est vous dire le carton ….

Du coup “Big Bird” n’arrive pas à décoller et bat même de l’aile. Pourtant, tout y est pour que ce soit un classique. La basse métronomique joue un leitmotiv vertigineux de simplicité en contrepoint des coups de baguettes plantés sur les peaux comme des banderilles et assure un groove bétonné impressionnant de solidité. Les chœurs sont ténébreux, mais pas trop, et en retrait, mais sans plus. Les cuivres presque minimalistes, chose rare chez Stax dont l’une des marques de fabrique est la section de vents à l’unisson. C’est carré, mené rondement avec cette guitare en fer de lance. Et par cette voix lead qui chapeaute tout ça avec une prodigieuse facilité !
Bref “Big Bird” a manqué de peu d’être l’incarnation du Stax Sound . Il en possède tous les ingrédients, sauf qu’il est totalement anachronique par sa conception. D’ailleurs Floyd en fera toujours mention comme “son morceau rock’n’roll”. Le sujet étant quand même très lié à Otis Redding, ça vous a aussi des airs quasi aristocratiques.

A mon sens, c’est une chanson parfaite. En tout cas l’une des dix que j’emmènerais sur une île déserte, si tant est qu’il soit possible d’y trouver un mange disques, ce dont je doute fort. Tellement parfaite qu’à côté toutes les reprises auront le goût d’un gâteau mou de la malléole. Même Floyd ne retrouvera jamais cette veine. Beaucoup d’autres se sont cassés les ailes. Les Jams par exemple. On ne reprend pas impunément le sublime sans payer le prix fort. D’ailleurs, les Blues Brothers n’éviteront pas le traquenard et pourtant ils en ont fait d’excellentes versions. Ce qui nous amène subtilement (pas vrai ?) à Dan Aykroyd, connu pour être fan invétéré de Floyd. Et lorsqu’il lui a été demandé de sélectionner treize titres pour la compilation “Stax Profiles” consacrée à son gourou, devinez quel titre ouvre l’album ?
Les dieux ont toujours reconnus les leurs.
Ouèche ……

Professor BeeB HôPô

P.S., j’ai commencé la sélection des photos le 14 avril, assez tôt dans la matinée. Dans l’après-midi, j’apprenais le décès survenu deux jours auparavant de Andrew Love, saxophoniste ténor de la section de cuivres Stax et initiateur du concept des Memphis Horns. La vie est ainsi faite de coïncidences pas toujours imputables à la loi des séries…

(*) Nan pas moi, nan pas moi (Évangiles de C.C.R., épitre de Johnny)

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11 Comments to “BeeBoPiToNe n° 3 – eDDie FLoyD : “BiG BiRD””

  1. Didier dit :

    Énorme morceau, j’adore Eddie Floyd et toute la Memphis Soul, merci, merci

  2. Yann Helou dit :

    Je trouve que la cover live des Jam sur “Dig The New Breed” est excellente.
    En tout cas merci beaucoup pour cet article!

  3. Charles-Danton dit :

    Un seul mot ! Merci. Beeb NOTRE PRéZiDaN.
    C’est toujours un réel plaisir que de te lire… Z’apprends pleins de trucs à chaquueh fois !

  4. Fabrice dit :

    ………pour les Fans il existe un Label “Soul Cargo” que du Bon !!!!!
    Compilations de 45t inédits….. import des États Unis dans les années 60 et début 70 pour les boîtes de nuits d’ Envers et Ostende ….un Passionné et Collectionneur a produit le Label “Soul Cargo” dans les années 2000 simplement pour que Chacun puisque découvrir cette richesse musicale….. Ils existent en CD et maintenant en Vinyle ……. Unique !!!!!!

  5. (En réponse à Medhi Khaman)
    Tu as tout à fait raison pour Stax.
    Et merci pour tes encouragements, car j’ai de plus en plus envie de tout laisser choir ….
    Prof.

  6. Medhi Kaman dit :

    A cette époque Stax Records écrasait haut la main toute la concurrence. Comme j’ai coutume de le dire à mes amis rosbifs pour les titiller : j’ai toujours préféré la southern soul à la northern du même nom. Super vid avec excellent son comme d’hab’ Beeb HôPô. Haut les coeurs lâche pas l’affaire !

  7. (En réponse à Ronnie)
    Pauvre Nathalie !
    Prof
    Prof.

  8. Ronnie Opener dit :

    “Knock on Wood” était la chanson préférée de Robert Wagner !

  9. jackie delegue dit :

    Toujours aussi intéressant merci Beeb de nous raconter toutes ces histoires musicales

  10. Anne-Marie Favereau dit :

    Félicitations ! Ton article est remarquable ! Merci pour tous ces liens dont je n’avais que peu connaissance. Bizzzz.

  11. Carmen de Bruxhell dit :

    Waaaaaaa yeaaah… ça groove grave, c’est très bon ça jolilou

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